Hier régnant Désert

Trois mots simples, magnifiques, solitaires.
Ces trois mots réunis par moi, pour moi, qui sont une
vie, un univers.
Hier, mon passé. Désert, parce que habité plus que par
mes pensées. Régnant et m’octroyant le droit de visiter ce
royaume, je me promène souvent dans ses vastes étendues
sombres et sans dûnes, plates, où souffle un vent rugissant
et tendre.
Là. les mains dans les poches ou allongé au pied d’un
arbre triste, je me laisse vagabonder, heureux. J’aime que
mon temps passe ainsi.
Alors, tu m’apelle, toi mon ami, mon amie. Je vais
dans ton désert, tu viens dans le mien. Nous marchons.
Nos pieds sans chaussures éclaboussent ce ocre infini.
Le vent ébouriffe tes cheveux.
Je ris. Tu me regarde, attentif à mon bonheur. On ne
parle pas. A quoi serviraient les mots.
Combien de temps passe-t-il ainsi. Ai-je tout revisité,
bu chaque coin sombre et caché, je ne le pense pas.
Je comprends qu’ici, je suis éternel. A la recherche de mon
aboutissement, j’agrandis ce désert ou vis mon passé et
j’y retourne sans cesse pour découvrir ce que j’ai été.
Alors, la nuit (car il faut bien qu’il y ait une nuit),
se camoufle frileusement puis laisse apparaître un soleil
maigre. Le signal est donné. Tu t’en retourne doucement
chez toi.
Bientôt je mêlerai mon désert au tien pour agrandir
pour un moment tous ces rêves que nous avons semés.
Je traverse une frontière imaginaire et je sens l’herbe
me caresser. Les yeux fixés sur le lointain, je vais
continuer de créer, modeler ce qui sera toujours moi.
Enfiévré mais jamais apeuré, car j’aime déjà ce que je
serai, parce que j’aime tellement ce désert, Hier, mon passé.

New Delhi, Décembre 95

Titre emprunté à Yves Bonnefoy.
2017-06-27T11:58:54+00:00 By |